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Prêtre et théologien espagnol, Íñigo de Loyola décède le 31 juillet 1556 à Rome. Remarquable directeur de conscience, sa vision de la spiritualité fait de lui un modèle de pensée au sein de la communauté catholique. Sa canonisation le 12 mars 1622 par le pape Grégoire XV marquera son entrée dans l’histoire. Portrait du prêtre qui aida les prostituées.

Íñigo de Loyola, jeune noble, érudit puis prêtre a révolutionné l’Église catholique par son ouverture d’esprit et ses missions vis-à-vis du peuple. Auteur de nombreux livres et fondateur de l’ordre des Jésuites, Íñigo de Loyola a marqué l’histoire.

Íñigo de Loyola, noble castillan

Íñigo, Ignazio de son prénom basque, voit le jour en l’an 1491 dans le château de Loyola au sein de la petite noblesse castillane. Enfant du Siècle d’or espagnol, il reçoit une éducation complète et touche à de nombreux domaines. À quinze ans, suite au décès de son père, il s’émancipe à la cour du roi d’Aragon, Ferdinand d’Aragon (dit Ferdinand le Catholique) où il devient page.

Par la suite, il devient secrétaire particulier du trésorier général de la reine. Le jeune adulte mène pendant dix ans une vie de Cour, qu’il décrira par la suite comme une vie douce et paisible : « Jusqu’à ma vingt-sixième année, je fus un homme abonné aux vanités du monde et je me délectais principalement de l’exercice des armes. »

En 1517, après la mort de Ferdinand d’Aragon, Íñigo entre dans l’armée du duc de Lara, vice-roi de Navarre. À 30 ans, il participe au siège de Pampelune qu’il défend face aux troupes franco-navarraises, appuyées par François I qui lorgne la couronne. Cette bataille signera la fin de sa carrière militaire. Les deux jambes brisées, il est immédiatement opéré mais gardera de cette opération une jambe plus courte que l’autre.

Íñigo de Loyola, « el pelegrino »

Lors de sa convalescence, Íñigo de Loyola aura de nombreuses occasions de lire des livres religieux. Dans son autobiographie, il annonce avoir vu lui apparaitre en songe Notre-Dame avec le Saint Enfant Jésus. Suite à cela, il décide de rejeter sa vie passée, « et spécialement les choses de la chair. »

D’une vie de cour, Íñigo ne songe plus qu’à embrasser la vie d’ermite et à suivre les préceptes de Saint François d’Assise. Sa maitrise de l’épée et son penchant pour les armes le poussent à se dévouer à la conversion des musulmans en Terre Sainte. C’est l’occasion pour lui de partir en expiation pour son ancienne vie. Il devient ainsi pèlerin dans la plus grande tradition médiévale. Ses souvenirs, à la fin de sa vie, seront par ailleurs signés El pelegrino.

En route pour Jérusalem, Íñigo rencontre près de Barcelone le père Chanon qui le pousse à prier durant trois jours et à rompre définitivement avec son passé militaire. Son voyage vers la Terre Sainte est long. En Catalogne, il passera plusieurs mois dans une grotte sous le statut d’ermite. Il y écrira un journal intime qui deviendra l’un des livres principaux de la spiritualité ignatienne. Il ne restera finalement que peu de temps à Jérusalem avant de reprendre la route vers Venise, où il mettra en évidence la nécessité d’étudier pour pouvoir transmettre à son tour. Il consacrera ainsi ses onze années suivantes aux études.

Le 15 aout 1534 à Montmartre, Íñigo prononce avec ses compagnons d’études et de voyages ses vœux de chasteté et de pauvreté. De retour en Italie, il se consacre à des œuvres de charité jusqu’à son ordination en tant que prêtre à Venise en 1537. Peu de temps après, il est appelé à Rome pour aider à remettre la ville en état suite au sac de Rome par les troupes de Charles V, empereur du Saint-Empire. C’est à cette occasion qu’Íñigo fait l’ébauche de l’ordre des Jésuites.

La Casa Santa Marta et les prostituées

Dès l’obtention de la reconnaissance pontificale en 1541 de l’ordre des Jésuites, Íñigo de Loyola établit les priorités qui s’imposent à lui au sein de Rome : le sort scandalisant des Juifs, les orphelins, les vagabonds et les courtisanes. La misère et la famine, dominantes dans la capitale italienne à cette époque, ne font qu’augmenter le nombre de prostituées. Rome devient même la ville la plus importante d’Europe dans le commerce de la chair.

Jusque-là, la solution proposée par l’Église catholique pour répondre à la problématique était de forcer les courtisanes à entrer dans un couvant pour y poursuivre leur existence comme des recluses. En désaccord avec ces principes, Íñigo fonde en 1543 la Casa Santa Marta pour accueillir les prostituées et leur offrir un programme de réinsertion sociale.

Dès 1546, Íñigo doit défendre son œuvre sociale qui fait l’objet de nombreuses accusations. Ainsi, le maître des postes pontificales, un certain Mathias, privé du charme et des revenus d’une des ses protégées, fait courir le bruit que les Jésuites ont trouvé un moyen simple et pratique « d’organiser un harem à leur profit ». Íñigo lui intente alors un procès où Mathias fait amende honorable et devient même l’un des premiers bienfaiteurs de la Casa, dont le succès ne cesse de grandir. Entre sa création et 1548, plus de 300 femmes sortent ainsi de la misère et près de 70% d’entre elles arrivent à regagner leur foyer.

Après 1548, Íñigo de Loyola éprouve le besoin de confier la tâche à d’autres personnes. Le recrutement diminuera peu à peu par la suite et la Casa Santa Marta deviendra un simple couvent de religieuses, sans lien avec le projet initial. L’œuvre inspire d’autres Jésuites et des fondations du même type voient le jour à Palerme, Bologne, Florence et dans quelques autres villes d’Europe. Mais les Jésuites renoncèrent par la suite à ces expériences aussi audacieuses que scabreuses pour l’époque. Il faudra attendre le 19ème siècle pour que l’on retrouve l’esprit inventif d’Íñigo avec Joséphine Butler, inspiratrice de l’abolitionnisme. Au 20ème siècle, d’autres chrétiens se réclameront prédécesseur d’Íñigo, notamment le père du Pasteur Richard Mollard, fondateur de l’Abri Dauphinois en 1932, et André-Marie Talvas, fondateur du Nid en 1943 à Paris. Des réalisations qui démontrent l’impact d’Íñigo de Loyola, aussi bien sur son époque que sur notre monde moderne.

One Reply to “Il y a 400 ans | Íñigo de Loyola, le prêtre qui aida les prostituées”

  1. Belle destinée pour quelqu’un qui s’est posé des questions à un moment de sa vie et qui a changé de cap et tenter d’aider les plus faibles autour de lui malgré les réticences.

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