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Lancé en 2018, Constantine est un groupe de musique liégeois indépendant aux sonorités teintées de rock, de funk et d’influences orientales. Après un premier EP en 2020, le groupe s’apprête à sortir de nouveaux morceaux. Ce jeudi 6 octobre, Constantine se produira sur la scène de l’Unifestival. Rencontre du troisième kitsch.

MAJ : Comment définiriez-vous Constantine en un mot? Et pourquoi?

FX, guitariste et chanteur de Constantine : Je dirais « audacieux ». La modestie, c’est un truc très belge. Je trouve qu’en Belgique, et surtout au sein du côté francophone, la musique n’est pas très ambitieuse, dans le sens où il y a de la qualité mais on n’ose pas s’affirmer. Avec Constantine, on a une sorte d’exubérance, sans se prendre au sérieux pour autant. Souvent, dans la région de Liège, les groupes indépendants jouent un peu « en s’excusant », sans trop oser regarder les gens. Nous, on va regarder les gens dans les yeux et on va envoyer un petit bisou ou faire un petit clin d’oeil. C’est un peu kitsch, pas toujours de bon goût, mais c’est audacieux.

Q, bassiste du groupe : Dans le même ordre d’idées, je vais dire « assumé » parce que si nos idées nous plaisent, aussi idiotes soient-elles, on va les assumer jusqu’au bout. On va toujours assumer notre folie sur scène.

M : Quelle est la genèse de Constantine, comment ce projet-a-t-il pris vie?

FX : Avant Constantine, j’étais dans un autre projet de groupe, Peppergrains. Le concept était super mais on avait envie de changer, on sentait qu’on avait fait le tour de la question. Du coup j’ai lancé un peu de but en blanc ce projet qu’est Constantine. À cette époque-là, je travaillais à Istanbul, anciennement Constantinople, c’est ce qui a donné le nom au groupe. De fil en aiguilles, l’équipe s’est formée. Xavier (guitariste) et Jérôme (pianiste) m’ont suivi depuis Peppergrains. Benjamin (batterie) est rapidement arrivé et il connaissait Quentin (bassiste) qui nous a rejoint en 2020.

M : Quel est votre point de départ avec la musique, l’élément déclencheur de cette passion?

Q : Quand j’avais 5 ans, j’allais à la messe tous les dimanches avec mes grands-parents et il y avait un organiste. Un jour, mes grands-parents m’ont offert un petit piano. Et quand je rentrais de la messe, je rejouais à l’oreille les chansons que j’avais entendues. Au bout d’un moment, Donne la paix ça m’a un peu gavé et j’ai voulu faire de la musique par moi-même.

FX : Wouah, c’est une anecdote bien plus prestigieuse que la mienne (rires). Personnellement, je demandais tout le temps à mes parents de passer Aicha de Khaled, j’ai toujours aimé les influences orientales. C’est un peu mon secret honteux. Pour l’aspect guitare, j’adorais Layla de Eric Clapton. C’était mes coups de foudre musicaux.

M : Pourquoi chanter en anglais et pas en français? 

FX : En fait, on chante dans les deux langues, mais ce qu’on fait en français n’est pas encore sorti. Pour être tout à fait honnête, je pense qu’il y a une forme de pudeur vis-à-vis de la langue française, ça nous demande d’être plus exposé. Comme on comprend les paroles, c’est plus intime, donc on se cache derrière l’anglais. On fait aussi en fonction des chansons : quand c’est plus rythmé ou plus funk avec des paroles en français, j’ai l’impression que c’est vite très kitsch. Du coup, les chansons qu’on va faire en français seront un peu plus mélancoliques. 

Q : Il y a aussi je pense une question de sonorités, ta voix n’est pas la même quand tu chantes en français ou en anglais. C’est

un choix qu’on pose sur un morceau, certains fonctionnent mieux avec des sonorités anglaises. Et il y a aussi une histoire de pudeur comme dit FX. Je n’écoute pas des chansons françaises depuis très longtemps, ça me rebutait un peu car je trouve aussi que le français est un peu intime.

M : Question un peu cliché mais nous on veut une explication derrière, vous préférez la musique en live ou en studio? 

FX : À la base, je préférais le studio, j’adore geeker dans ma chambre sur des musiques, créer. On ne va pas se mentir, on fait pas mal de petites dates et j’ai trouvé un nouveau plaisir dans le live, c’est de voir les musiques se peaufiner au fur et à mesure. Le plaisir du live c’est de se dire que la chanson elle vit, et on peut la faire vivre, on la fait aller où elle veut, elle peut vivre d’elle-même. C’est cette beauté d’une oeuvre qui est en constante évolution. La version studio c’est une photographie de la chanson à un moment très précis et lors d’une forme d’aboutissement. Mais en soi l’artiste, je pense, ne considère jamais sa chanson comme totalement finie. Après, dans la recherche, la création, l’expérimentation, le studio est très particulier. La création, c’est apporter quelque chose au néant, c’est très beau. C’est arriver à faire quelque chose là où n’y avait rien avant. 

Q : Personnellement, j’ai idolâtré le studio pendant très longtemps. Pourtant, le live est plus intense et plus vivant, il y a plus de partage. Et au niveau des artistes indépendants, je pense que la musique mise en ligne sera bien, mais qu’en live il y aura vraiment une plus-value.

M : Après un premier EP (Higher) de 4 titres en 2020, un album est-il prévu dans les prochains mois? 

FX : Ce qui est sûr, c’est qu’on va sortir des singles, l’un à la suite de l’autre. L’idée est de les compiler sur un EP, et dans un second temps, de sortir un album (même si c’est encore un peu prématuré). On a envisagé les chansons comme étant des histoires qui tiennent toutes seules. Il y a évidemment un fil conducteur au niveau du son et au niveau du texte, mais ce n’est pas un concept album. 

Q : Toujours dans la même idée d’assumer, l’EP c’est un bon compromis. Même si le mot est « fourre-tout », un peu négatif et n’est pas très juste. Les chansons n’ont pas de lien très précis en matière de style, mais elles sont toutes liées au niveau des sonorités.


M : Après quatre ans d’existence de Constantine, avez-vous déjà rempli des objectifs que vous vous étiez fixés?

FX : Faire un clip dont je suis fier, personnellement. Ce n’est pas un objectif qui parait insurmontable mais je ne l’ai atteint qu’avec Constantine. On a réalisé un clip pour Mass Séduction, il n’est peut-être pas au gout de tout le monde mais c’est un clip que je peux revoir. Ensuite, pour notre premier EP Higher, on est allés enregistrer au Jet Studio (studio bruxellois où les Rolling Stones ont fait une session). C’était vraiment incroyable. Sur scène, ce serait de faire l’Ancienne Belgique. Pas de suite, mais réaliser une première partie à l’AB ça ne me paraît pas inatteignable. Et puis, à terme, même si ce n’est pas très tangible, ce serait

de pouvoir en vivre. Me lever en me disant « mon boulot c’est d’aller composer des chansons », ça c’est mon rêve ultime.

Q : Je n’ai pas les mêmes objectifs mais pour l’AB je suis d’accord, c’est l’une de mes salles préférées en Belgique. Pour moi, le premier grand objectif ce serait déjà d’être main act au Reflektor, ce serait vraiment pas mal. Sinon, une tournée un peu ailleurs : sortir un peu de Wallonie, ce serait un beau challenge et un bel accomplissement déjà.

M : Ce 6 octobre, vous allez jouer à l’Unifestival. Est-ce que cela vous fait quelque chose à vous Liégeois et (anciens) étudiants à l’Université? 

Q : Jouer à l’Unifestival, je trouve ça vraiment cool parce que j’y vais depuis longtemps parce que je connaissais des gens et que je venais voir différents groupes de musique. 

FX : Pour moi ça a beaucoup de sens, c’est un retour au pays. Je travaille à Bruxelles et j’ai l’impression de revenir quelques années en arrière. Oui ça a beaucoup de signification. 

Q : De mon côté, il y a aussi ce truc où je vais jouer pour et devant mes potes. C’est vraiment chouette. 

M : Une dernière chose avant de se quitter, que peut-on vous souhaiter pour la suite?

FX : Que les gens viennent et qu’ils repartent en oubliant complètement leur journée. Ça c’est ce qui nous ferait vraiment plaisir, parce que c’est ce qu’on recherche à chacun de nos concerts. 

Q : Il y a un mois et demi, on a fait notre premier concert et des gens se sont lancés dans un pogo. Ça n’avait rien à voir avec un concert où les gens t’écoutent. Donc ce serait que les gens partagent un moment avec nous. Parce que sur scène maintenant, on se marre vraiment bien ensemble. On a travaillé notre façon de communiquer donc on s’amuse beaucoup. On vit un truc de notre côté, on vit un truc avec les gens et on voudrait que les gens vivent un truc avec nous.

FX et Q (de gauche à droite) © Antoine Thirion

Constantine sera en concert sur scène ouverte ce jeudi 6 octobre dans le cadre de l’Unifestival (site du Sart-Tilman). Toutes les infos sont à retrouver sur ce lien.

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One Reply to “Interview | Constantine : « Un peu kitsch, pas toujours de bon goût mais audacieux »”

  1. Chouette interview qui me permet de faire connaissance avec un groupe belge qui ne passe,pas,encore forcément sur les radios traditionnelles (pas mal mass séduction)

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